Retraite de la fonction publique : 75 % du traitement, mais rarement en pratique
La pension d'un fonctionnaire vaut au maximum 75 % du dernier traitement indiciaire détenu six mois, primes exclues, proratisé par les trimestres (Code des pensions, art. L.13 et L.15).
Par Hervé Coulon, CGP certifié CIF. Mis à jour le 18 septembre 2026.
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La pension d'un fonctionnaire se calcule sur 75 % du dernier traitement indiciaire brut, détenu pendant au moins six mois, primes exclues, et proratisé par le rapport entre trimestres acquis et trimestres requis. La formule est identique au Service des retraites de l'État (fonction publique d'État) et à la CNRACL (territoriale et hospitalière).
Deux mots de cette phrase font toute la différence dans la pratique : indiciaire, et proratisé.
La formule
Pension = dernier traitement indiciaire brut × (trimestres liquidables ÷ trimestres requis) × 75 %
Le taux de 75 % est un maximum, porté à 80 % lorsque des bonifications s'ajoutent — notamment les bonifications pour enfants.
Le premier piège : « taux plein » n'est pas « 75 % »
C'est la confusion la plus fréquente, et les deux notions ne parlent même pas de la même chose.
Le taux plein désigne l'absence de décote. Il s'apprécie sur la durée d'assurance tous régimes confondus.
Les 75 % désignent le taux maximum de liquidation de la pension. Il s'apprécie sur les trimestres de services accomplis dans la fonction publique.
Un fonctionnaire peut donc partir au taux plein — sans aucune décote — et percevoir bien moins que 75 % de son traitement, simplement parce qu'une partie de sa carrière s'est déroulée hors de la fonction publique.
Le second piège : les primes ne comptent pas
L'assiette est le traitement indiciaire, c'est-à-dire l'indice majoré multiplié par la valeur du point. Les primes, indemnités de sujétion, heures supplémentaires et nouvelle bonification indiciaire n'entrent pas dans ce calcul.
Pour un agent dont les primes représentent 15 ou 20 % de la rémunération, l'écart entre le revenu d'activité réel et la pension est donc bien supérieur à ce que le taux de 75 % laisse imaginer.
L'arithmétique, montrée
Un agent perçoit 2 800 € de traitement indiciaire brut par mois sur ses six derniers mois, plus 400 € de primes — soit 3 200 € au total. Il totalise 160 trimestres liquidables pour 172 requis.
Pension = 2 800 × (160 ÷ 172) × 0,75 = 1 953 € par mois
Trois lectures du même chiffre :
- rapporté au traitement indiciaire (2 800 €), le taux effectif est de 69,8 %, pas 75 % — l'écart vient des 12 trimestres manquants ;
- rapporté à la rémunération réelle (3 200 €), il tombe à 61 % — l'écart supplémentaire vient des primes ;
- et ce montant s'entend avant application d'une éventuelle décote.
C'est cette double décote implicite — proratisation puis exclusion des primes — qui explique la plupart des mauvaises surprises.
Ce que le gel de la LFSS 2026 change pour les fonctionnaires
L'article 105 de la loi n° 2025-1403 du 30 décembre 2025, appliqué par le décret n° 2026-345 du 7 mai 2026, suspend la montée en charge de la réforme de 2023 pour les générations 1964 à 1968 — dans la fonction publique comme au régime général.
Un agent né en 1964 en catégorie sédentaire voit son âge légal ramené à 62 ans et 9 mois et sa durée requise à 170 trimestres au lieu de 171. Application au 1er septembre 2026. La décote et la surcote ne sont pas modifiées par ce texte.
Questions fréquentes
SRE ou CNRACL : la formule change-t-elle ? Non. Le Service des retraites de l'État couvre les fonctionnaires d'État, la CNRACL les territoriaux et hospitaliers, mais la formule de liquidation est la même.
Le RAFP compense-t-il l'exclusion des primes ? Partiellement. La retraite additionnelle de la fonction publique est un régime par points assis sur les primes, dans une limite annuelle. Il s'ajoute à la pension principale sans s'y substituer.
Les six derniers mois doivent-ils être à temps plein ? L'indice pris en compte est celui détenu au moins six mois. Un temps partiel affecte la durée de services liquidables, pas l'indice de référence.
La catégorie active change-t-elle le calcul ? Elle change l'âge d'ouverture des droits et la durée requise, pas la formule.
Peut-on cumuler avec une retraite du régime général ? Oui. Une carrière mixte donne lieu à une pension de chaque régime, chacune calculée selon ses propres règles.
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Sources
- Code des pensions civiles et militaires de retraite, art. L.13 et L.15
- Service des retraites de l'État, « La formule de calcul »
- CNRACL, « Le calcul de la pension »
- Loi n° 2025-1403 du 30/12/2025 art. 105 · Décret n° 2026-345 du 07/05/2026
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